Quand Charlotte Corday, après avoir assassiné Marat, fut guillotinée, un charpentier présent à l’exécution ramassa la tête tranchée et, dans un excès de zèle, la gifla. On dit que Charlotte en rougit. S’agissait-il d’une réaction réflexe à la douleur, ou l’intéressée s’offusqua-t-elle du procédé durant d’ultimes secondes de lucidité ? La question de savoir si la conscience peut perdurer quelques instants après la décapitation est restée sans réponse, malgré quelques tentatives d’observation à l’époque révolutionnaire et au-delà. Elle est de nouveau posée aujourd’hui, mais pour les animaux : certains, notamment les rats et les oiseaux, sont en effet euthanasiés en laboratoire avec une petite guillotine, l’objectif étant de recueillir des tissus et fluides cérébraux « purs », non affectés par une électrocution ou une injection létale. Oui, mais si la conscience survit provisoirement à la séparation du corps et de la tête, n’est-ce pas leur infliger une anxiété et une douleur physique comparables à de la torture ? La question est régulièrement débattue au sein du Comité d’éthique animale des Pays-Bas, d’autant que depuis une trentaine d’années, diverses mesures électroencéphalographiques (EEG) montrent la persistance d’une forme de conscience durant quelques secondes chez un animal décapité.
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