L'adieu au voyage

L’Adieu au voyage. L’ethnologie française entre science et littérature. Vincent Debaene, Gallimard, 2010, 515 p., 25€

Depuis que la profession existe, plus d’un ethnologue a fait la démarche de publier, en marge de ses obligations scientifiques, un « second livre » rendant compte, de manière plus libre, de son expérience. Beaucoup de ces titres sont oubliés, d’autres (L’Afrique fantôme de Michel Leiris ou Tristes tropiques de Claude Lévi-Strauss) sont devenus des classiques. Vincent Debaene s’interroge sur l’histoire et le pourquoi de ce tropisme littéraire particulier semble-t-il au milieu français.

Il s’avère d’abord que cette tentation d’écriture s’appuie sur une longue tradition de belles lettres prétendant à la « connaissance de l’homme » mise en cause, au début du siècle, par une sociologie avide de faits. Dans les années 1930, les anthropologues sont tenus à des travaux sans fioritures, mais également invités à restituer, pour un plus large public, l’« atmosphère » des sociétés qu’ils visitent : par quel moyen, sinon une écriture plus souple ? D’où la création de collections ouvertes aux « seconds livres », se démarquant de l’écrit scientifique mais aussi du récit de voyage, genre honni entre tous. L’intérêt des milieux littéraires est souvent réciproque : les surréalistes se passionnent pour l’art « primitif », la magie et les mystiques exotiques. Entre art et science, des ponts se tendent (comme le Collège de sociologie), qui ne sont pas souvent stables ni paisibles.

Cet article est réservé aux abonnés