Garçon/fille : les stéréotypes résistent à l'incarcération

Pantalon de survêtement bleu foncé, t-shirt à rayures noir et blanc, crâne rasé. Sofia n’a rien d’une lolita. Chef d’une bande de garçons dans son quartier, elle aime le foot et les « têtes », des affrontements ritualisés entre deux leaders de bandes rivales se terminant par une bagarre générale. Incarcérée pour des vols à main armée, avec violence et en réunion, l’adolescente est déterminée à s’intégrer parmi les garçons de l’établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM) à son arrivée en détention. Maîtrisant les codes masculins, Sofia snobe les filles, nettement minoritaires, et se moque de leurs postures hyperféminisées. « Regarde-moi ces salopes ! La vie d’ma mère, c’est des putes ! » Trois semaines plus tard, Laurent Solini, l’auteur de cette enquête ethnographique, relève la métamorphose. La jeune femme porte rouge à lèvres, fard à paupières, chaussures de ville et confie « s’être sentie en danger les premiers jours et avoir décidé de ne plus traîner avec ces garçons beaucoup plus violents qu’à l’extérieur de la prison ».

Cet article est réservé aux abonnés