Médecin-patient, je t'aime moi non plus

Fondée à l'origine sur l'autorité incontestable du médecin, la relation médecin-patient se veut aujourd'hui plus démocratique. Quelle est la réalité de cette évolution ?

Paternalisme ou démocratie ? La nature de la relation entre le médecin et son patient a été parmi les premières questions qui se sont posées à la sociologie de la médecine, au début des années 50. Il faut en effet rappeler que le recours « ordinaire » à la consultation médicale était alors un phénomène nouveau. Comme le soulignent Claudine Herzlich et Jeanine Pierret, « entre les deux guerres encore, aller consulter demeure une conduite peu fréquente : ressource en cas de maladie grave et de situation dramatique plutôt que comportement quotidien. Pour les médecins eux-mêmes, l'acte médical doit rester rare et cher afin que se maintienne le prestige de la profession 1 ».

Le sociologue fonctionnaliste américain Talcott Parsons a été le premier à essayer de théoriser la relation médecin-patient. Son modèle est consensuel : selon lui, médecin et patient ont chacun des rôles complémentaires, dont la bonne exécution garantit le succès de la consultation. Analysant, selon Danièle Carricaburu et Marie Ménoret, la maladie comme « un état social déviant, induit par un comportement lié à un état biologique déficient », T. Parsons décrit le rôle du médecin comme celui de « définir la déviance d'abord et chercher à l'éradiquer ensuite 2 ». Une des caractéristiques de ce rôle est l'universalisme : il repose sur des compétences techniques, en aucun sur des liens personnels avec le malade. Ce dernier, exempté de ses obligations habituelles, doit de son côté souhaiter aller mieux et, à cette fin, rechercher une aide compétente.

De la soumission...

Dans Profession of Medicine3, Eliot Freidson prend, vingt ans plus tard, le contre-pied de cette vision harmonieuse. Pour lui, dans la relation médecin-patient, se confrontent deux visions de la maladie : l'une, celle du médecin, fondée sur un savoir spécialisé, l'autre, celle du patient, appuyée sur l'expérience quotidienne de la maladie. Dans ce conflit, le patient reste dominé par le médecin et a plus ou moins de chance de faire valoir son point de vue, selon son statut social, le type de maladie dont il souffre, la spécialité dont relève le médecin...

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