Et si on se donnait du temps ?

La pression intense fragilise la santé et les compétences des collaborateurs, parfois jusqu’au sentiment de dépossession. Comment reprendre son souffle ?

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Sonia, aide-soignante en gérontologie, est souvent amenée à accueillir et former les collègues nouvelles dans le métier. Cette mission qui, à l’origine, lui plaît tant ne s’accomplit pas sans mal et soulève de nombreuses questions quant à l’usage du temps 1 : comme le tutorat n’est pas toujours bien anticipé ni aménagé, cet accueil se télescope avec ses tâches de soin ; le turnover et la polyvalence déstabilisent et morcellent les temps d’échange ; mais, surtout, que transmettre ? Le « beau » métier, tel qu’on voudrait le pratiquer ? Ou au moins, le protocole technique prescrit ? Ou bien des pratiques qui permettent de tenir à peu près les délais, mais voisinent souvent, selon elle, avec la « maltraitance organisationnelle des patients » ?

Cet exemple, parmi tant d’autres 2, illustre bien les formes et les effets – voire, les méfaits – du « modèle de la hâte » qui prend de l’ampleur depuis plusieurs décennies dans le monde du travail, services publics inclus. Son principe est celui d’un « productivisme réactif » : les produits et services sont ajustés, continûment et instantanément, à la demande (ou la demande supposée). La masse de temps travaillé doit, elle aussi, s’adapter en permanence et à moindre coût à la production visée. On en perçoit les conséquences à toutes les échelles de temps. C’est tout d’abord la pression temporelle dans l’activité immédiate où le travailleur, soumis à de multiples contraintes, doit simultanément répondre au besoin du client pressé, respecter des normes, en interdépendance avec ses collègues, etc. À moyen terme, cette intensification du travail déstabilise des horaires qui ne cessent de déborder du cadre à travers des décalages, des coupures, des imprévus. Enfin, sur le long terme, c’est le tempo toujours plus rapide des changements au sein des organisations comme dans les itinéraires professionnels.

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